Select Page

Pourquoi continue-t-on d’utiliser

des animaux pour la recherche scientifique ?

_____________

rabbit-testing

Souris, chimpanzés, poissons… Leurs vies en laboratoire sont dédiées à la science, principalement pour la recherche fondamentale. Désormais, la souffrance animale est prise en compte et les travaux des chercheurs sont supervisés par des comités d’éthique. Mais les scientifiques pourraient-ils se passer des animaux ?

Sauterelle fossil

« Réduire, raffiner, remplacer. » ​Cette philosophie, dite « des 3R », guide la recherche scientifique sur modèle animal depuis 2010 et l’adoption d’une directive européenne (transposée en France en 2013). L’objectif affiché est de « réduire » le nombre d’animaux utilisés dans la recherche, de « raffiner » le procédé en atténuant leurs souffrances et de le remplacer par une technique non animale lorsque c’est possible. « Il y a eu un virage culturel​, assure le vétérinaire Ivan Balansard, référent « éthique et modèle animal » au CNRS, le Centre national de la recherche scientifique. Les comités d’éthique notamment deviennent obligatoires. »

Aujourd’hui, « aucun projet sur un animal ne peut être mis en place s’il n’a pas été étudié par le comité d’éthique », souligne-t-il. « Il va falloir justifier la nécessité d’utiliser les animaux, expliquer le nombre que vous utilisez, évaluer le niveau de sévérité des procédures » ​pour déterminer le ratio bénéfice-risque avant approbation. Le projet est ensuite soumis à validation du ministère de la Recherche avant de pouvoir être lancé. L’ensemble de l’étude sera suivi par des vétérinaires.

animaux-testing

À quoi servent les animaux ?

« La plupart des gens pensent que les animaux sont utilisés que pour tester des médicaments​, expose Ivan Balansard, se référant à un sondage d’opinion Ipsos réalisé en 2021. C’est ce qu’on appelle l’utilisation réglementaire. Elle représente en fait entre 25 et 30 % des animaux » ​de laboratoire. Et parmi ce pourcentage, la majorité concerne effectivement la validation de médicaments. Pour le reste, la plus grande partie des animaux (40 %) est en réalité utilisée pour la recherche fondamentale, en vue d’acquérir de nouvelles connaissances, sans utilisation directe. Et 22 % servent à la recherche appliquée, qui vise à développer les savoirs pour une pratique particulière.

Les études sur les animaux sont-elles douloureuses ?

D’après les statistiques réalisées chaque année par le ministère de la Recherche, 80 % des procédures effectuées sur les animaux sont d’intensité modérée ou légère. Les autres procédures peuvent être sévères – comme transmettre une tumeur à un animal pour voir comment elle se développe – et d’autres opérations sont pratiquées après euthanasie de l’animal. Pour appréhender la douleur de leurs modèles, les chercheurs reçoivent des formations obligatoires, qui sont « en grande partie théoriques »​, témoigne Brigitte Rault, responsable du Bureau de l’expérimentation animale (BEA) et référente « éthique et modèles animaux » à l’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Ces formations sont notamment l’occasion d’enseigner des techniques non invasives. Brigitte Rault donne pour exemple la formation à l’imagerie, qui a permis dans un certain nombre d’études « de ne pas faire de chirurgie sur l’animal »​. L’observation est aussi essentielle, selon Ivan Balansard : « On enseigne à reconnaître des signes de douleur chez les souris et les rats, qui vont être très discrets dans leur manifestation. Pendant très longtemps, on est passés à côté. »

Que deviennent-ils une fois l’étude terminée ?

« Une grande partie des animaux sont euthanasiés »​, admet Brigitte Rault. Les laboratoires confient, depuis quelques années, certains de leurs animaux à des associations de refuge comme Graal, mais cela nécessite « certaines conditions »​, précise Brigitte Rault : « L’animal ne doit pas présenter de risque pour l’environnement, c’est-à-dire qu’il ne faut pas qu’il soit porteur de maladie ni d’une modification génétique, et il ne faut pas non plus que son confort et sa vie soient durablement altérés. »

Pourrait-on se passer d’eux ?

Franziska Grein, de l’association Peta, reconnaît que « ce n’est pas réaliste qu’on arrête l’expérimentation animale d’un jour à l’autre »​. Mais l’organisation de défense des animaux aimerait que « dans les 3R, l’effort soit plus sur le remplacement ». Ce remplacement passe aujourd’hui par des organoïdes, c’est-à-dire des organes reproduits synthétiquement. « Il faut mettre le focus sur le développement des nouvelles méthodes », insiste la militante. Ivan Balansard place également « beaucoup d’espoir dans les organoïdes ou les organes sur puce », mais il veut être prudent : « Il ne faut pas donner de fausses promesses. » ​S’il estime que ces alternatives peuvent réduire le nombre d’animaux utilisés, notamment pour la validation de médicaments, « il reste énormément de mystères » que la science tente d’interpréter, souligne-t-il. Alors dans des domaines comme la recherche fondamentale, « on aurait du mal à modéliser quelque chose qu’on cherche justement à comprendre »​.